Des lettres aux chiffres et inversement, le va-et-vient conduit à la remise en question. Comment j’en suis venu à rouvrir un espace d’échange en ligne pour renouer la conversation avec les lecteurs.
Lorsque j’ai reçu les chiffres de vente de mon dernier roman, L’Invention de l’histoire, j’ai pris un coup sur la tête. C’était tellement bas que j’ai cru que j’étais en train de consulter mon relevé bancaire à la fin du mois. Je me doutais que les résultats ne seraient pas extraordinaires, mais, le livre ayant reçu un bon accueil critique et bénéficié de sélections pour des prix littéraires (RTL-Lire et Lipp), j’espérais au moins passer la barre des 500 exemplaires. Il s’en est fallu de peu, mais non.
Le Front russe, mon premier roman au Dilettante, publié en 2010, s’était vendu à près de 15 000 exemplaires en première édition, 50 000 toutes éditions confondues.
« Ça baisse… »
Quand c’est votre médecin qui vous annonce ça en consultant les derniers résultats de vos analyses sanguines, ça fait plaisir. Quand c’est votre éditeur, c’est moins agréable. D’ailleurs, il ne le dit pas. Il ne dit rien. L’éditeur ne communique les chiffres que lorsqu’ils sont bons.
Je ne suis certes pas le seul à subir une telle dégringolade. Les explications sont nombreuses : moins de lecteurs, trop de livres en librairie, moins de place dans les médias, toujours les mêmes que l’on met en avant… Je les connais par cœur à force de me les répéter et de me cacher derrière elles. Rien de nouveau depuis vingt ans et je n’ai pas le pouvoir de changer cela de toutes façons.
Qu’est-ce que je peux faire alors ?
Je me suis posé la question : qu’est-ce qui a changé entre la parution du Front russe et celle de L’invention de l’histoire ? Oui, vous allez me dire que le temps a passé et que j’ai pris de l’âge. Ça, je le sais. Je suis même devenu grand-père depuis. Mais là encore ce n’est pas quelque chose que je maîtrise.
Quand j’ai commencé à écrire, j’avais un blog (So les années 2000…), des comptes sur les réseaux sociaux sur lesquels j’étais actif, une lettre d’information… et j’échangeais souvent avec les lecteurs. Tout cela est parti en friche, par manque de temps, remplacé par des rencontres en librairies, médiathèques et festivals, les premières années. C’était bath (oui, j’essaye de réhabiliter des expressions désuètes). Puis les invitations se sont faites plus rares. Et la friche est restée en l’état. Une erreur de boomer…
Je me suis reposé sur le travail des éditeurs et j’ai laissé se distendre le lien que j’avais, en ligne, avec mes lecteurs. Voilà, une chose qui a changé. Je ne sais pas si cela explique la baisse de la circulation de mes romans parmi les lecteurs. Mais je sais que c’est un problème auquel je peux apporter une solution.
Attaquer la friche
De toutes les étapes qui constituent le travail de l’écrivain, échanger avec les lecteurs est sans doute l’une de celles que j’apprécie le plus. Après l’écriture, cela va de soi… Au fond, ce n’est pas tant la baisse des ventes de livres qui me dérange que la raréfaction des occasions de discuter de leur fabrication.
On ne va pas être hypocrite, sans parler de succès, vendre plus est important, car sans cela, trouver un éditeur prêt à publier mes romans sera difficile. Pour l’heure, je n’ai aucune nouveauté à promouvoir. Seulement quelques livres publiés ces quinze dernières années et qu’il est aujourd’hui difficile de trouver en librairies (Trouver la chouette d’or était plus facile). Mais ils existent et peuvent être le point de départ de discussion sur l’écriture, la vie d’un écrivain, avec les lecteurs, les auteurs, les libraires, les bibliothécaires, les enseignants, les amis que j’aimerais retrouver ici.
Et si vous êtes encore là, c’est que la conversation peut reprendre…
JCL