Écrit à la première personne, ce roman met en scène une reine de beauté et dévoile la mécanique d’un concours où le corps devient enjeu social et politique.

Ce roman est né d’une seconde commande des éditions Arthaud. Sa directrice, Valérie Dumeige, me propose un thème inattendu : Miss France. J’hésite. Comment inscrire un livre sur les reines de beauté dans la continuité de mes obsessions : l’héritage, la classe sociale, la place que l’on occupe ou que l’on convoite ?
Le titre de travail était La femme canon. Il disait déjà ce que je voulais interroger : la femme comme spectacle, comme projection collective, comme corps investi d’un imaginaire national. Derrière les strass, je voyais une mécanique sociale. Le concours m’apparaissait comme une scène d’ascension possible, un accélérateur symbolique pour de jeunes femmes issues de milieux modestes, mais aussi comme un dispositif où le regard public façonne l’identité.
D’emblée, j’ai choisi le risque formel : écrire à la première personne, me glisser dans la voix d’une jeune femme de vingt ans en quête de la couronne. Il ne s’agissait pas d’observer de l’extérieur, mais d’éprouver de l’intérieur la tension entre ambition, représentation et assignation.
J’ai travaillé à partir d’archives, de biographies, d’articles de presse, assisté à des concours locaux, tenté de rencontrer d’anciennes Miss. Certaines ne m’ont pas répondu. Une Miss régionale, en revanche, m’a écrit après la parution du livre pour me dire qu’elle avait eu l’impression de lire une histoire écrite de l’intérieur. Elle avait traversé les mêmes épreuves que la fille que j’avais mis en scène. Ce message m’a rassuré : je n’étais peut-être pas passé à côté.
Le roman, pourtant, n’a pas trouvé son public en librairie. Il demeure pour moi l’un des textes où j’ai le plus clairement déplacé ma position d’auteur, en explorant frontalement la fabrique sociale du féminin et les promesses, parfois ambiguës, de l’ascension sociale.
JCL