Écrit après la mort de ma mère, ce roman interroge le deuil et la condition de transfuge de classe : comment changer de monde sans se perdre soi-même ?En guest-star, Jean-Claude Van Damme, comme vous l’aurez sans doute deviner…

Comme un karatéka belge qui fait du cinéma est sans doute mon roman le plus intime. Je l’ai écrit après le décès de ma mère. Le deuil en constitue la trame secrète, même lorsque le récit semble s’en éloigner.
Le narrateur est un transfuge de classe (comme je le suis moi-même). Fils du monde ouvrier, exilé dans celui de l’art contemporain, marié à une femme issue d’un milieu plus favorisé, il tente de trouver sa place entre héritage culturel et changement de classe. La question n’est pas seulement sociale : elle est affective. Que garde-t-on de son origine lorsque l’on change de monde ? Que perd-on ?
L’histoire commence par la réception d’une lettre et une déambulation nocturne à travers Paris. Elle conduit le narrateur jusqu’à l’hôtel Lutetia, où il rencontre Jean-Claude Van Damme, figure populaire déplacée dans un milieu élitiste. La présence de cette figure inattendue introduit un léger décalage, presque absurde, mais elle agit surtout comme un miroir : celui d’un homme qui a quitté son milieu d’origine sans jamais cesser d’y appartenir.
Ce roman m’a donné du fil à retordre. J’ai longtemps cherché sa structure, démontant et remontant le texte comme on déplace les pièces d’un mécanisme fragile. La fin m’a échappé pendant près de deux ans. Il m’a fallu m’éloigner, publier d’autres livres, revenir avec un regard rafraîchi.
Le titre lui-même a été une hésitation. Jusqu’au dernier moment, le roman s’intitulait Le Salon des refusés. J’ai choisi le titre long presque à contre-courant. Il peut laisser croire à une comédie légère ; le livre est plus intérieur. J’ai parfois regretté ce choix. Ce décalage me ressemble sans doute davantage que je ne voulais l’admettre.
JCL