Ce Mexicain qui venait du Japon et me parlait de l’Auvergne

Ce roman observe la monotonie des voyages modernes et les failles d’un monde devenu interchangeable. Ironie du sort, je me lance dans l’écriture de ce texte sur un monde lisse et sans surprise quand survient l’attentat contre Charlie Hebdo, événement qui ne sera pas sans effet sur le projet.

Ce Mexicain qui venait du Japon et me parlait de l’Auvergne est le fruit d’une commande. Serge Safran, alors éditeur chez Arthaud, m’avait proposé d’écrire un récit de voyage. J’ai choisi le pas de côté : raconter non pas l’exotisme des destinations, mais la standardisation des déplacements professionnels : aéroports interchangeables, hôtels identiques, villes traversées sans être habitées.

Je commence ce projet quelques semaines après les attentats contre Charlie Hebdo, dont les bureaux se trouvaient dans le quartier où j’habitais. L’événement bouleverse le quotidien et pose une question intime : comment écrire un livre sur la monotonie du monde quand le réel vient d’en révéler la violence ?

J’essaie d’abord de dérouler chronologiquement mes voyages. Très vite, l’écriture reproduit ce que je décris : répétition, fatigue, uniformité. Le texte s’essouffle. Après discussion avec l’éditeur, nous décidons de transformer cette matière en roman. Ce qui devait être un récit devient une fiction, une manière de déplacer le regard. De l’accident littéraire nait un roman.

Au moment de conclure, je m’aperçois que certains motifs me poursuivent : le provincial monté à Paris, la désillusion professionnelle, l’amour comme tentative de bifurcation… Tous déjà présents dans Le Front russe. La construction diffère cependant et la fin est ouverte vers un avenir possible et radieux, bien moins sombre que dans les romans précédents. Serais-je devenu optimiste ?

JCL