Pourquoi j’écris des romans 

« Homme libre tu chériras la mer » disait le père Hugo. 

Le plastique n’avait pas envahi la planète alors, ni formé les continents de déchets, immenses vortex au milieu des océans, dont les frontières de débris viennent flirter avec le rivage où je me tiens, pensif. Depuis que le monde est monde, l’homme se plante face à la mer pour réfléchir. À défaut, un lac, un tableau dans un musée ou le flux des voitures depuis le pont d’une autoroute. Bref regarder un truc hypnotique favorise la réflexion.

Derrière moi la terre, la forêt, le bois dans lequel il possible de vivre en homme libre, à la façon de Thoreau. Mais comme l’écrit Dagerman au sujet de l’écrivain-hermite dans son texte Notre besoin de consolation est impossible à rassasier : « Mais où est maintenant la forêt où l’être humain puisse prouver qu’il est possible de vivre en liberté en dehors des formes figées de la société ? »

C’était en 1952. Les choses ne se sont pas améliorées depuis la publication du fameux texte de l’auteur suédois. Au contraire. Ces espaces se sont encore réduits, effacés. Partout un détail qui gâche le paysage. Il flotte ou vole dans le vent et rappelle que l’humanité n’est pas loin, prête à vous absorber dans son maelström social. Il paraît qu’il n’existe plus un endroit sur terre où entendre le silence, c’est-à-dire l’absence de bruit produit par l’homme.

C’est par où la mer ? 

Dans un monde où la présence humaine est inexorable, inévitable, chacun doit désormais inventer ses refuges, trouver en lui l’espace où éprouver le sentiment de la liberté. Pour ma part, ce sont les romans, leur lecture d’abord, leur écriture ensuite. Je trouve en eux la possibilité de comprendre un monde qui m’échappe le plus souvent, me contraint en permanence. Par eux, je me libère. 

Voilà pourquoi j’écris des romans. C’est la mer que je me suis trouvée. Paradoxale. Puisque cet isolement, cette activité solitaire qu’est l’écriture, il faut la partager et revenir vers les autres. Cela confine à l’absurde. 

Mais c’est ainsi. Un texte n’existe que s’il est lu ; l’écrire ne suffit pas.

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